Peux- tu nous décrire en quelques mots ton parcours dans le monde de la bande dessinée ? (quand as-tu commencé ? y-a-t-il eu des évènements ou rencontres qui ont particulièrement comptés dans ta carrière, etc…?)

       Tout a commencé pour moi au festival de la BD en 1990 quand j’ai reçu le prix « Alph’Art Avenir ». ça m’a ouvert des portes, et en premier lieu celle des éditions Vents d’Ouest où j’ai rencontré jacky Goupil avec qui j’ai fait mon premier album. Ensuite, tout est venu petit à petit. Ma rencontre avec Tiburce Oger, mon arrivée chez Casterman puis ma rencontre avec Daniel Maghen chez qui je travaille actuellement.

Peux-tu dire que tu appartiens à un courant ou à une école particulière de la bande dessinée ? si non, quels sont les artistes (de BD ou pas) qui t’ont particulièrement marqué ou inspiré ?

Vaste, trop vaste question. En deux mot et pour être très vague, je fait probablement partie de l’école franco-belge. Toutes mes inspirations viennent de là. Nombreux sont les auteurs BD qui m’ont inspiré, de Juillard en passant par Vicomte ou Loisel, jusqu’à Carlos Giménez.

Tes albums sont très marqués par la culture amérindienne des XVIIIème et XIXème siècles, qu’est-ce qui te fascine dans ces périodes et dans ces cultures ?

     On a combin de temps ?:) . En effet, je suis tombé dans cet univers tout jeune, d’abord en lisant « Houmpahpah » le peau rouge d’Uderzo et Goscinny puis en rencontrant « le dernier des Mohicans » de James Fenimore Cooper. Ce qui m’a toujours passionné dans ce lieu et cette époque, ce sont ces rencontres improbables, ce choc des civilisations entre Amérindiens et Européens et tout ce qui en a découlé. Plus je lis de choses sur ces périodes de colonisation du Nouveau Monde, plus ma curiosité est aiguisée.

Ces albums, s’ils restent des fictions, sont inspirés de faits réels, comment travailles-tu pour être si proche de la réalité historique ? (comment organises-tu tes recherches ? te rends-tu sur place ? as-tu besoin de posséder des objets liés directement à ces cultures ? Etc…?)

  Oui, j’aime mêler la fiction à des faits historiques. Dans mes albums, le contexte historique est primordial. Il me permet de camper des personnages guidés par des motivations légitimes et plausibles. Dans « Iroquois », j’ai pour habitude de dire que c’est Champlain qui a écrit le scénario puisque je me suis imposé de ne pas sortir du récit qu’il a écrit de son voyage en Iroquoisie. Pour toute la documentation, je me suis  effectivement rendu plusieurs fois au Québec pour m’immerger dans cet immense décor boisé. Pour le reste, j’ai emmagasiné tellement d’ouvrages sur le sujet depuis des années, que le plus dur est d’y faire un tri.

Te sens-tu proches de tes personnages ? As-tu eu du mal à te défaire de l’influence de certains d’entre eux ? Regrettes-tu d’avoir créé certains autres ?

C’est une question difficile que je ne me suis jamais posée en ces termes. Mes personnages sont pensés en même temps que je pense à développer une histoire. Peut-être qu’au niveau de leur façon de réagir il y a un petit peu de moi, mais tout est relatif. J’aime particulèrement les « gros méchants », les « sans foi, ni loi », ils me permettent de nombreuses articulations et me sortent souvent de situations embarrassantes. Pour les amérindiens, j’ai longtemps cherché à les camper de façon fière en évitant l’écueil du pathos ou du barbare. Les princes de la forêt, quoi… Je n’ai aucun souvenir d’avoir regretté la création d’un personnage ils ont tous leur place quelque part dans mon imaginaire et dans l’histoire.

Quelles sont les techniques que tu utilises ? comment organises-tu le rapport entre le texte, les images et les couleurs et que préfères-tu faire dans un album ?

J’utilise de l’aquarelle pour la mise en couleur, directement sur mes crayonnés. Avant cela, je réalise un « story board », qui est la première version de l’histoire découpée en cases dialoguées. Cette étape est primordiale et permet d’équilibrer textes et dessins par des cadrages différents suivant l’intensité de l’histoire. Toutes les étapes de la réalisation d’un album me plaisent car elles sont différentes mais tellement inséparables. C’est un tout. 

Es-tu coutumier des “petits” salon bd de villages ?

Il y a en effet de plus en plus de festivals et nous, les auteurs, ne pouvons evidément pas accepter toutes les invitations. Mon choix se porte en premier lieu sur les “copains” présents et sur la première approche que j’ai avec le ou les organisateurs. Ensuite, pour le festival BD de Clairac, ils avient un excellent ambassadeur en la personne de Joseppe des éditions Belloloco, qui me l’a bien “vendu”. J’ajoute que les petits festivals bien organisés donnent souvent lieu a de trés belles rencontres dans la mesure ou l’on a le temps de passer du temps…

Après le grand ouest, tu as choisi de nous emmener vers les îles du Pacifique, pourquoi ?

Le naufrage des deux frégates de l’expédition Lapérouse a toujours été pour moi une tragédie fascinante. Depuis des années je lis des ouvrages sur les recherches effectuées sur l’île à la recherche de vestiges des naufragés. De là à imaginer leur destin il n’y avait qu’un pas.

Peut-on savoir et annoncer vers où nous mènera ta prochaine création ?

Je quitte le Pacifique et reviens dans le Nouveau Monde, dans la vallée de l’Ohio en 1758, en pleine guerre de sept ans. Des Indiens, des Français, des Anglais et tout et tout… On ne se refait pas. Le titre : « TOMAHAWK »